jeudi 18 août 2016

Les fonds de pension en question pour les retraites KLM




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Retraite: ce que nous réapprend l’affaire du fonds de pension des pilotes de KLM

L’affaire de la menace de grève des pilotes de KLM contre la révision de leur plan de retraite interne illustre à merveille tous les défauts d’une mauvaise implémentation de la retraite par capitalisation.
Elle est le énième exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire lorsque l’on implémente ce type de retraite. Cependant, il ne faudrait pas que les déboires de KLM, et de bien d’autres avant elle, ne servent de
repoussoir à l’idée de capitalisation en général.

L’affaire KLM :L’affaire du fond de pension de KLM est tristement banale: en 2000, pour acheter la paix sociale, les dirigeants de KLM ont promis à leurs salariés, notamment aux pilotes, des retraites “à prestation prédéfinies” basées sur des estimation de rendement trop optimistes, compte tenu de la chute des taux d’intérêts, et donc de la rémunération des fonds, observée depuis le début de la décennie 2010. Le fonds de retraite étant géré directement par l’entreprise, les pilotes exigent que celle ci rogne sur ses fonds propres pour augmenter la capitalisation du fonds, pour servir les retraites promises. Mais la santé financière du groupe Air France KLM ne lui permet pas de se montrer aussi généreux. L’avenir dira ce qui sortira des négociations.

Le problème n’est évidemment pas unique à KLM. En fait, de nombreuses compagnies aériennes US, ou autres grandes entreprises, ont été soit mises en faillite (PanAm), soit forcées à la restructuration de leur fond, par leur incapacité à honorer les prestations accordées 20 ou 30 ans plus tôt alors que l’optimisme économique était de rigueur. Cependant, il reste encore beaucoup de fonds de pension “à prestations définies” aux USA, très fortement sous financés. L’exemple le plus révélateur du triste état des fonds de pension “à prestation définies” est celui de tous les fonds de pensions de fonctionnaires américains (dont les fonds géants californiens CalPers et CalStrs), à peu près tous en situation de crise d’insolvabilité, même si leurs liquidités leur permettent encore d’honorer leurs engagements. Là aussi, dans certains états comme l’Illinois, des grèves dures des fonctionnaires locaux se produisent pour exiger que les contribuables soient pressurés pour honorer les engagements passés.

La réforme des fonds de pension privés aux USA :
Aux USA, de nombreuses grandes compagnies privées se sont retrouvés dans la même situation que KLM dans un passé plus ou moins lointain. Les accords avec les personnels, pour sauver la pérennité des fonds, ont abouti à la transformation de ces fonds “à prestation définie” en fonds “à cotisation définie”, où l’employé cotise, et où le gestionnaire “fait pour le mieux” mais sans garantie de résultat. Les salariés US ont le choix entre cotiser pour des fonds gérés par leur employeur (les fonds “401K”) ou des fonds gérés par des gestionnaires indépendants, (Plans “IRA”). Cependant, les plafonds des avantages fiscaux offerts aux “401K” distordent la préférence des salariés américains vers ce type de plan.

Les fonds d’entreprise, une cible bien tentante ---
A noter que la réglementation des fonds 401K a été renforcée pour éviter les effets “Enron” ou “Maxwell”, à savoir respectivement le sur-investissement dans le capital de l’entreprise mère, pour soutenir artificiellement le cours, ou le vol pur et simple du fonds de pension pour boucher les trous d’une gestion de l’entreprise calamiteuse. C’est là un des premiers inconvénients d’un fonds géré par l’employeur: même s’il met en concurrence des prestataires externes, même si la loi n’oblige pas le salarié à cotiser, il dispose d’une “vue imprenable” sur une masse de fonds qui peut se révéler tentante s’il est malhonnête ou en difficultés…

Pire encore: certains états impécunieux n’ont pas hésité à se servir dans les fonds d’épargne retraite des épargnants pour boucher le trous de leurs régimes généraux par répartition. L’Etat prédateur est sans doute le plus grand danger pour les fonds de pension, sans protection constitutionnelle inviolable, et encore celles ci ne valent pas plus que la force d’une constitution…

Les prestations définies sont intenables dans le temps :
Mais s’il existe en état de droit des moyens législatifs et assurantiels de limiter les risques de dérive liés à une gestion via l’employeur du fonds de pension, il n’en existe aucun de se prémunir contre le risque d’incapacité d’un fonds de retraite à honorer ses promesses “définies” de façon trop optimiste. Ainsi, de nombreux fonds de pension publics US ont, dans les années fastes, et pour acheter la paix social, promis aux employés des niveaux de retraite basés sur des hypothèses de rendement du capital allant jusqu’à 7.5% par an. Inutile de dire que depuis 2010, aucun fonds ne peut réaliser dans des conditions de pérennité satisfaisantes ce type de performance (analyse ici par le Wall Street Journal).

Le problème affecte d’ailleurs tout autant les retraites par répartition, comme notre retraite “à la Madoff” française, malgré une légère amélioration de la solvabilité des caisses de retraites due aux effets de la réforme(tte) Fillon qui avait progressivement porté l’âge de la retraite à 62 ans… et que François Hollande s’est dépêché d’annuler. Notre système postule que selon le régime auquel vous cotisez, vous toucherez une pension égale à un certain pourcentage de la moyenne de vos X années de meilleur salaire passé. Malheureusement, ce système est incapable, à long terme, de tenir ses engagements, du fait de l’allongement de l’espérance de vie qui détériore le ratio entre actifs et retraités.
retraite VB

Les systèmes à cotisation définies sont plus pérennes dans le temps, même s’ils font moins rêver…
Aussi la réforme de systèmes à “prestations définies” vers des systèmes à “cotisations définies” ne concernent pas que les fonds de pension. De telles transformations ont été conduites pour les retraites par répartition dans plusieurs pays, et notamment en Suède, où la réforme des années 90 est allée bien plus loin, puisqu’elle a supprimé tous les régimes spéciaux, instaurant une stricte proportionnalité entre cotisations effectives tout au long de la vie et pension servie, que l’on soit ouvrier ou premier ministre. De surcroît, le système permet désormais au salarié de choisir tout à fait librement son âge de départ, la retraite étant alors pondérée en fonction de l’espérance de vie par un calcul actuariel, le même type de calcul que celui utilisé par les assureurs pour calculer des rentes viagères. Ajoutons pour être complet que le système suédois comporte une petite part de capitalisation obligatoire, et que tout régime complémentaire librement souscrit par le salarié auprès d’un gestionnaire de fonds privé est nécessairement à capitalisation et à cotisations définies.  

Le système “suédois” est tout à fait insubmersible, en revanche, il ne promet pas la lune aux salariés et ceux ci ont d’eux même augmenté l’âge moyen de leur départ de 58 à 64 ans pour conserver un taux de remplacement acceptable. Enfin, il rend le niveau des retraites solidaire des fluctuations économiques, ce qui est plutôt sain, mais peut être anxiogène. 

Voilà pourquoi il y a encore chez nous des démagogues qui veulent nous faire croire à la viabilité de l’actuel système à prestations définies, et surtout ses régimes spéciaux, lesquels vivent en parasitant à la fois les contribuables et le régime général des retraites du commun des mortels, peu généreux en France. 

Il y a bien plus à dire sur les réformes qu’il y aurait à conduire pour nos retraites (voir collection de liens ci dessous), mais l’affaire KLM illustre ce qui doit être la première d’entre elles: abandonner tout principe de retraites à prestations définies, démagogiques et insoutenables, pour des systèmes à cotisations définies, qui ne promettent pas la lune mais restent réalistes et pérennes dans le temps. 

Par Vincent Bénard, article paru dans objectifeco le 16 août 2016

mercredi 17 août 2016

Air France ou l'illustration éclatante de l'arbitraire politico-syndical ---

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L'étrange décision de Myriam El Khomri sur Air France ou l'illustration éclatante de l'arbitraire politico-syndical qui pèse sur les entreprises françaises.

Le 8 août dernier, la ministre du Travail a fait savoir par communiqué qu'elle validait le licenciement d'un délégué syndical accusé d'avoir participé à l'arrachage de la chemise de Xavier Broseta, DRH d'Air France.

La ministre Myriam El Khomri a confirmé le licenciement d’un délégué syndical CGT d’Air France. Personne n’a vraiment tiqué à l’annonce de cette information. Cette intervention a pourtant de quoi choquer tout citoyen normalement constitué, et ce pour plusieurs raisons. Si ce délégué a effectivement arraché la chemise d’un responsable de l’entreprise dans un environnement de violence inacceptable, le licenciement du salarié, délégué syndical ou non, ne devrait pas poser de question. Nous sommes nombreux à souhaiter savoir sur quels fondements l’administration de l’inspection du travail n’a pas validé la "faute grave". Manque réel de preuves – malgré les images accablantes - ou complicité idéologique ? Si les preuves sont contestables, en quoi la ministre aurait davantage de compétences pour apprécier leur bien-fondé ?

Même avant le renforcement récent de leur pouvoir, les agents de l’inspection du travail disposaient de pouvoirs exorbitants. Leurs décisions peuvent mettre une entreprise en danger. Contre elles, les recours sont compliqués : recours gracieux auprès… de l’inspection du travail avant de s’adresser au ministère de tutelle puis au Tribunal administratif. Les alliés naturels des inspecteurs sont les délégués du personnel qui font le plus appel à eux. C’est d’ailleurs ce qu’on leur demande et ce qui motive leur surprotection. Jusqu’à un certain point. Brutaliser des cadres dirigeants et leur arracher leur chemise va très au-delà de la ligne rouge implicite. Mais alors comment croire que le jugement de l’inspection du travail à l’égard de ce délégué syndical – de tout délégué syndical - ne soit pas biaisé ? D’autant qu’on imagine sans mal ces fonctionnaires intrinsèquement hostiles au monde de l’entreprise. Leur mission consiste à inspecter et corriger les erreurs d’employeurs qui ne connaissent bien évidemment pas sur le bout des doigts les 3.500 pages du Code du travail, pas plus que les normes mouvantes – et interprétables avec une bonne dose d’arbitraire - d’hygiène et de sécurité.

Un fameux inspecteur du travail, Gérard Filoche, révèle les dérives possibles de cette administration quasi toute puissante. Militant anticapitaliste virulent - encarté à la CGT ainsi qu’à la LCR jusqu’en 1993 avant de rejoindre le PS -, il voit dans tout employeur un exploiteur coupable des pires maux qu’il faut harceler et persécuter. Lorsque le Directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle, rédige un rapport sur la modernisation du droit du travail, il le traite de "virus ebola du Code du travail". Sympathique. Autre fait d’arme de cet inspecteur du travail lors de la disparition dans un crash d’avion de Christophe de Margerie, alors dirigeant de Total, sa déclaration en guise de condoléances : "les grands féodaux sont touchés. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera-t-il moins ?". Certes, les employeurs ont parfois des comportements inappropriés qui méritent un recadrage. Mais le jugement d’inspecteurs partageant pour nombre d’entre eux cette vision du monde de l’entreprise apparaît légitimement suspect.

Le jugement de la ministre vient en deuxième couche dans ce processus ambigu. Que vient faire un responsable gouvernemental dans ce domaine déjà bien trop politisé, pollué par l’idéologie de ses acteurs ? Imaginer que le sort d’un représentant syndical - par conséquent de la vie au sein de l'entreprise - dépende en dernier recours d’un ministre illustre bien la chape de plomb qui pèse sur l’entreprise, chape constituée par la connivence entre le monde syndical et le monde politique. La CGT s’est mal comportée avec le gouvernement ? Sanction et confirmation du licenciement. L’entreprise subit des jeux de pouvoir souterrains qui la dépassent et qui mêlent allégrement le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire et, ce que n’avait pas prévu Diderot – qui ne doit cesser de se retourner dans sa tombe –, le pouvoir de la bureaucratie.

Un recours judiciaire existe heureusement avec le recours auprès du Tribunal administratif, de la Cour administrative d’appel et du Conseil d’Etat, même si ce pouvoir indépendant n’a qu’une connaissance très parcellaire et théorique de l’univers de l’entreprise. Mais l’impression renvoyée par cette affaire de chemise arrachée, c’est que l’entreprise peut continuer à trembler devant l’arbitraire syndical et politique, la complexité et l’opacité des procédures qui lui sont hostiles.
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 8 août 2016

 

 

mercredi 27 juillet 2016

La BCE devra rendre des comptes aux Européens



« Officiellement, l’objectif de la création monétaire artificielle consiste à stimuler l’inflation. Officieusement, elle favorise la poursuite des déficits budgétaires pour préserver la paix sociale à n’importe quel prix dans les pays de la zone euro. »
« Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes. » Même si Georges Bernard Shaw ne pensait pas aux politiques monétaires en écrivant cela, plus d’un siècle après, la formule du polémiste écossais n’a jamais été autant d’actualité. Le citoyen français ne se doute pas des jeux inquiétants auxquels se livre la BCE pour arranger les comptes des gouvernements sur le dos des 340 millions d’habitants de la zone euro. La politique de l’institut d’émission nous promet de déboucher sur une crise monumentale.
Depuis janvier 2015, la planche à billets tourne pourtant à plein régime. Les nouveaux billets ont commencé par arriver par vagues mensuelles de 60 milliards avant de grossir à 80 milliards chaque mois depuis mars. En dix-huit mois, c’est plus de mille milliards d’euros qui ont été créés ex nihilo, soit environ 3 000 euros par habitant. Dans un an, la BCE aura créé mille milliards supplémentaires sans richesse réelle correspondante, portant le total de « fausse monnaie » à 6 000 euros par habitant. Or les économistes sérieux savent depuis Jean-Baptiste Say que seules l’épargne et la production engendrent de la vraie création monétaire. Cette dernière n’est que la dérivée des besoins de l’économie réelle.
Officiellement, l’objectif de cette création monétaire artificielle - dont les banques sont la courroie de transmission – consiste à stimuler l’inflation. Officieusement, elle favorise la poursuite des déficits budgétaires pour préserver la paix sociale à n’importe quel prix dans les pays de la zone euro. C’est une politique court-termiste irresponsable. L’inflation ne repart évidemment pas, car cet argent sorti des rotatives de la BCE est orienté vers des actifs immobiliers et financiers qui forment des bulles depuis plusieurs années. Poussées par différents mécanismes et réglementations, les banques – et les assureurs - ne cessent d’accroître la part d’obligations d’Etat dans leurs actifs alors que les rendements de plus de la moitié de la dette de la zone euro sont passés en territoire négatif, ce qui signifie qu’elle coûte à ses détenteurs.
Cette fuite en avant ne favorise ni la reprise, ni l’emploi. Les gouvernements se surendettent et repoussent les réformes douloureuses aux calendes grecques. Leur survie repose donc sur le maintien des taux d’intérêt à leur niveau anormalement bas, prenant la BCE à son propre piège.
Quant au mécanisme que Keynes a appelé « l’euthanasie du rentier », il ne fonctionne tout simplement pas. Ne trouvant plus de rendement avec les actifs les plus sûrs, l’investisseur orienterait en théorie son épargne vers d’autres actifs. En réalité, les investisseurs inquiets ne financent pas davantage l’économie réelle, mais ne font que renforcer ces bulles sur les produits immobiliers et obligataires. Les prix de l’immobilier restent excessifs, poussés par les taux d’intérêt historiquement bas et la recherche de sécurisation contre l’instabilité financière et monétaire. Tant pis pour les jeunes qui ont de moins en moins de chances de devenir propriétaires. Les actions sont aussi maintenues à des cours artificiellement élevés. Le plus grave, ce sont les dettes publiques qu’aucun frein ne retient plus.
L’aberration des rendements négatifs masque en effet un risque souverain réel qui reste tabou. Le passage de la crise grecque a pourtant coûté cher à ceux qui voyaient dans la dette de l’Etat grec un actif sûr. Demain l’Espagne, l’Italie… la France ? Les taux négatifs sont une forme de taxe supplémentaire sur les banques en contrepartie de leur privilège d’accès au guichet de la banque centrale. Ils exonèrent les Etats du paiement d’intérêts pour leurs dépenses financées à crédit. Ils exemptent les gouvernements de tout effort de réduction des dépenses publiques, remettant la discipline de l’équilibre budgétaire à la prochaine décennie.
Les taux négatifs constituent un impôt sur l’épargne dont ils entament le principal avec le temps. Les épargnants qui mettent de l’argent de côté pour leur retraite perdent ainsi le fruit du travail de toute une vie.
Cette fuite en avant ne favorise ni la reprise, ni l’emploi. Le gonflement rapide des dettes publiques inquiète au contraire les acteurs économiques. Il déstabilise les marchés financiers et évince partiellement le secteur privé de l’accès au crédit. Portés à bout de bras par une banque centrale trop généreuse, les gouvernements se surendettent et repoussent les réformes douloureuses aux calendes grecques. Leur survie repose donc sur le maintien des taux d’intérêt à leur niveau anormalement bas, prenant la BCE à son propre piège. Elle ne peut remonter ses taux directeurs sans risquer de tout faire exploser. Mais si les taux longs – qu’elle ne contrôle pas - devaient grimper sous l’effet d’une panique des marchés, due par exemple à une dislocation de l’Union européenne, les gouvernements seraient simplement incapables de payer les intérêts de leur dette. Personne n’ose entrevoir l’impact d’un moratoire sur la dette d’un membre éminent de la zone euro, surtout pas la BCE qui serait alors impuissante à enrayer une telle crise.
L’impact des taux trop bas ne s’arrête pas à cette bulle de dette publique. Les taux négatifs constituent un impôt sur l’épargne dont ils entament le principal avec le temps. Les épargnants qui mettent de l’argent de côté pour leur retraite perdent ainsi le fruit du travail de toute une vie. C’est particulièrement douloureux dans les pays à courbe démographique inversée. La cigale festive pioche insidieusement dans la réserve de la fourmi frugale.
Le président de la Bundesbank et membre du conseil de la BCE, Jens Weidmann, ne cesse de rappeler la responsabilité de la BCE dans cette spoliation des épargnants et ce surendettement d’Etats européens reportant les mesures courageuses. Il sait aussi que le dégonflement de ces bulles spéculatives et la restructuration des dettes publiques exigent qu’un retour à la rigueur monétaire s’accompagne d’une thérapie libérale de choc pour libérer la croissance des Etats européens les plus en retard, en particulier la France. Nous en sommes loin. Si cette déformation monétaire se termine en déflagration financière mettant les Etats en péril, les dirigeants de la banque centrale devront rendre des comptes aux citoyens européens.
Par Aurélien Véron, président du Parti libéral démocrate et Sébastien Laye entrepreneur dans les services financiers et chercheur associé à l’institut Thomas-More.
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lundi 25 juillet 2016

Ne sacrifions pas notre liberté aux terroristes ---


Après la sanglante année 2015, dont les attentats de janvier et novembre restent dans toutes les mémoires, l'Etat Islamique a encore frappé la France à l'occasion de la fête nationale.
Pour autant, plus que jamais, il faut faire corps face à la menace et ne pas abandonner nos valeurs.


Le 14 juillet et la fin de semaine ont été infiniment tristes. Une fois de plus, les mots nous manquent à tous après l’effroyable attentat. Une fois de plus. A Nice, des dizaines de milliers de personnes ont assisté en direct au massacre. Le drame ne s’arrête pas là.

Les symptômes d’une dislocation de la maison France sont plus forts et plus nombreux qu’auparavant. A chaque nouveau coup des terroristes islamistes, les fondations de notre société se fissurent davantage. Le danger, ce sont évidemment les terroristes, mais aussi nous-mêmes.

C’est ce que Abou Moussab al-Souri a théorisé pour Daech. Faute d’avoir les ressources pour nous affronter, le djihadisme islamiste s’appuie sur le terrorisme de 3eme génération – mobiliser les descendants les plus déstructurés et les plus instables d’une intégration ratée - poussant l’Occident à assurer lui-même le travail de sa propre destruction par la guerre civile. Le week-end dernier, sa théorie a marqué des points chez nous. Sous le choc, notre pays vacille et doute de ses valeurs.

Personne ne peut me reprocher d’être favorable à la politique de l’actuel gouvernement. Quelle que soit notre opinion de son action, les huées, sifflets et insultes adressées au Premier ministre juste après la minute de silence à Nice étaient déplacés pour la France comme pour les victimes qui méritaient le respect du recueillement. Les leaders de l’opposition n’ont pas été plus dignes en dégainant le lance-roquettes - au propre comme au figuré - sans attendre la fin de la période de deuil national. Nous assistons à une combustion rapide de nos institutions qui n’annonce rien de bon au moment où nous devrions être forts et unis.

Quelques minutes plus tard à l’endroit où le terroriste a été abattu, concours de crachats sous les applaudissements de la foule sur un tas de détritus en feu : exutoire ou réveil d’instincts bien sombres chez des Français remués par la peur ?
Plus loin, une femme balançait, péremptoire, "Casse-toi, rentre chez toi !" à une autre femme… simplement parce qu’elle avait un accent. Cette dernière s’est alors effondrée en larmes avant de répondre "Je resterai, je resterai ici, madame, car ma fille est morte ici jeudi". Le Professeur de Droit Jean-Louis Harouel en est même venu à écrire une tribune appelant à renoncer à la "religion des Droits de l’Homme". Sommes-nous devenus fous ?

Allumer des bougies s’est vidé de son sens et ne résout rien, prenons-en acte. Est-ce plus efficace de manifester son envie d’en découdre ? "Nous sommes en guerre", mais contre qui ? Hier Al Qaïda, aujourd’hui Daech, cette nébuleuse protéiforme s’adaptera pour prendre demain un nouveau visage. "Il faut passer à l’action", mais comment ? Plus nous intervenons au Moyen-Orient, plus la fréquence des attentats s’accroît sur notre territoire. "Punissons les coupables", mais lesquels ?
Nous avons affaire à des ratés transformés en kamikazes en quelques mois, quelques semaines, peut-être même quelques jours. Les commanditaires sont insaisissables, pour la plupart, cachés à l’étranger au sein de réseaux occultes. Si la solution n’est pas à portée de main, elle passe aussi par des mesures concrètes pour réduire les risques ou les dégâts de futurs attentats.

Le gouvernement n’est pas exempt de toute critique, loin de là. Les lois anti-terroristes et l’Etat d’urgence n’ont servi à rien d’autre qu’à faire reculer nos libertés. L’opération Sentinelles épuise aujourd’hui 10.000 militaires pour rassurer l’opinion alors que les experts s’accordent sur son inutilité. Elle doit être recalibrée. Le rapport Fenech / Pietrasanta offre des pistes trans-partisanes qui vont dans le bon sens en simplifiant SEPT services différents cloisonnés, TROIS coordinateurs qui ne coordonnent pas et SIX bases de données non inter-opérables. Le Ministre de l’Intérieur – en Allemagne ou au Royaume Uni, il aurait démissionné dès le 15 juillet par souci de responsabilité – peut encore revenir sur sa décision d’avoir directement jeté ces propositions à la corbeille.

Les professionnels de la sécurité privée ont aussi des propositions judicieuses pour améliorer la protection des foules lors des grands événements populaires. Policiers hors service et vigiles spécialement formés devront sans doute porter une arme de service sur eux à l’avenir. L’extension du port d’arme à une garde civile formée et encadrée remédierait efficacement à l’épuisement de nos forces de l’ordre et étofferait le maillage d’individus aptes à riposter en cas de nouvel attentat. Mais comme l’admet le président d’un syndicat d’officiers de police : "Il faut oser dire que la police ne peut pas tout et qu'il y a une part d'irrationnel, d'imprévisible devant ce genre d'actes isolés." Yoram Schweitzer, ex-conseiller antiterroriste du Premier ministre israélien, nous rappelle qu’il faut rester humbles : "Les leçons s'apprennent par le sang versé".

En fait, notre colère révèle notre impuissance dans l’immédiat. Nous savons que nous allons devoir vivre avec le terrorisme. Cette idée est proprement insupportable dans le pays qui le nôtre, celui du bonheur de vivre, des terrasses et de la bonne bouffe. Nous allons pourtant devoir rester stoïques pendant les années de lutte qui nous attendent. C’est un combat qui engage à chaque instant l’ensemble de la société. C’est un engagement qui exige que les Français fassent corps. Corps contre la menace permanente, corps contre la peur qui noue le ventre à chaque nouvel attentat, corps contre l’intoxication des fausses alertes qui rongent l’unité nationale.

"Les pacifistes d’aujourd’hui sont les collabos de demain", mais collabos de qui ? Des femmes qui portent le voile comme Malala, prix Nobel de la Paix, ou les combattantes qui mettent Daech à mal ? Des Français musulmans ou, plus simplement, des Français d’origine maghrébine? L’ultra droite qui mène la danse sur ce plan ne fait pas dans la dentelle. Alliée objective de Daech, elle n’attend qu’une chose comme l’a indiqué le patron du renseignement français, Patrick Calvar : la guerre civile entre musulmans et non-musulmans, quitte à réduire notre pays en cendres.

Rien ne serait pire que de considérer les Français musulmans comme complices de ce terrorisme qui tue aux cris de "Allah akbar !". Cette barbarie promeut une forme d’Islam que de nombreux savants et théologiens musulmans rejettent comme une interprétation sanguinaire incompatible avec la plupart des autres manières de vivre l’Islam, en particulier en Occident. Comme la première femme fauchée d’ailleurs, un tiers des victimes de Mohamed Lahouaiej Bouhlel sont de confession musulmane. D’une certaine manière, nous sommes tous égaux comme cibles de cet islamisme génocidaire.
Nous n’emporterons ce combat de notre civilisation contre ce virus pathogène qu’en restant tous soudés autour des valeurs qui définissent notre pays, à commencer par la liberté.

Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 21 juillet 2016
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jeudi 21 juillet 2016

Service civique obligatoire : Bonne ou mauvaise idée ?



Service Civique Obligatoire,une fausse bonne idée

Le 28 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté un amendement rendant obligatoire le service civique pour les 18 à 25 ans. 
Un choix judicieux ?

Personne n’a réagi au vote, fin juin, de l’amendement imposant aux jeunes un service civique. Ce vieux serpent de mer ressurgit régulièrement sous de nouvelles formes. L’opinion aime bien. L’idée procure un vernis social bien pratique pour les mondanités, elle permet de porter sa conscience politique « citoyenne » en bandoulière pour pas cher. Nos arrières grands-parents trouvaient que les jeunes avaient « besoin d’une bonne guerre ».
Dorénavant, c’est d’un « service civique » dont ils auraient bien besoin. Version moderne du STO. C’est un souhait incontestablement moins tragique.
Est-ce judicieux pour autant?
En tout cas cette fois, c’est voté : il sera obligatoire. Personne ne moufte ? Personne n’y croit vraiment ? Le gouvernement étant opposé à cet amendement, il devrait s’atteler rapidement à le faire retirer. Sans doute. Mais surtout, tout le monde s’en moque. Ces jeunes qui ne votent pas, ou si peu, on peut tout leur faire avaler. Après le bac passoire qui n’empêche pas 150.000 jeunes de sortir du système scolaire sans aucun diplôme, la misère des facultés sous-dotées, l’enchaînement des stages et des CDD, l’impossibilité de se loger sans la caution financière des parents, des grands-parents, des oncles et des tantes, il ne manquait que ce stage de formation au civisme. Il faut dire qu’il va leur en falloir, du civisme, pour payer les 35.000 euros de dette par tête que nous leur léguons dans notre incontinence budgétaire constante depuis plus de 40 ans.
La condescendance de cet amendement ne semble choquer que les libéraux. Personne ne conteste la vision qu’elle promeut. Celle d’une jeunesse qui ne respecte rien et n’a aucun sens de la fraternité, ni de la solidarité. C’est pourtant l’admission implicite que l’éducation Nationale a failli dans sa tâche, et les parents dans la leur. La rééducation nationale promettrait de réussir là où l’éducation Nationale a échoué. La plupart des jeunes rêvaient déjà de s’expatrier jusqu’ici. Avec cette punition supplémentaire, je n’imagine pas que le flux se tarisse, bien au contraire.
Car bloquer 6 mois de vie constitue une forme de servage qui est tout sauf gratifiant.
Si nous chassons les jeunes avec l’accumulation de ces mauvais signaux, qui va payer nos dettes, notre retraite, notre santé et tous nos chèques sans provision émis loi des finances après loi des finances ? Qui va s’occuper de nous quand nous serons vieux ? Qui va pousser notre fauteuil quand nous serons gâteux ? L’inquiétude se vérifie et signifie que nous ne pouvons faire confiance à nos jeunes, donc que nous devons leur apprendre le civisme à la dure pendant qu’ils sont encore là. Case redressement obligatoire pour tous. Plus qu’un moyen de fausser les chiffres du chômage, le service civique obligatoire consiste donc à formater la moralité supposée insuffisante de notre jeunesse. Jeune, paye nos dettes et tais-toi.
Certains diront qu’effectuer un service civique n’est pas une sanction. Comment servir l’autre pourrait-il l’être ? Après tout, 150.000 jeunes se sont portés candidats pour effectuer un volontariat de service civique en 2015 (posant d’ailleurs un énorme souci logistique, les associations n’avaient pas la capacité d’accueillir tout le monde. On imagine 350.000…).
De nombreux autres ont effectué des missions humanitaires, parfois à l’étranger, sans le déclarer. Beaucoup donnent de leur temps au monde associatif sans s’inscrire dans le cadre administratif d’un service civique.
Tout ceci est juste. En devenant obligatoires, ces missions perdront tout caractère éthique inhérent à la liberté de choix. Leur transformation en contrainte marquera le premier acte d’infantilisation de jeunes adultes qui subiront dans tous les actes de leur vie la pression constante de l’Etat-nounou. Exit la fessée, place au martinet civique, à vous dégoûter du bénévolat au terme de six mois à faire des photocopies et  à servir le café dans des administrations ou des associations mal outillées pour accueillir cette masse de jeunes.
Vice suprême, les jeunes régleront eux-mêmes la facture de cette maltraitance déguisée. Car vous imaginez bien que financer et accueillir 350.000 jeunes va coûter cher. Incapable de financer son train de vie actuel, l’état s’oriente vers un service civique à crédit. Crédit remboursé par les générations futures, celles-là mêmes qui auront subi (et souffert de) la moulinette du service obligatoire.
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 14 juillet 2016 
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mercredi 20 juillet 2016

Mobilisation générale contre le terrorisme


Nous nous associons à la douleur des familles et des proches des victimes de l’attentat de Nice. Plus que jamais, la France doit être unie dans le combat de longue haleine qui nous attend. Nous nous élevons contre les réactions à chaud qui stigmatisent les Français de confession musulmane ou, plus explicitement, d’origine maghrébine.
C’est exactement ce qu’attendent les stratèges de Daech. Ne nous divisons pas dans cette guerre contre le terrorisme islamiste qui fait de chacun une cible.
Elle exige que nous soyons tous mobilisés contre cette menace permanente.

Le Parti Libéral Démocrate se dresse contre la surenchère liberticide qui a largement prouvé son inutilité. La multitude de lois et les mesures d'exception consacrées par l'état d'urgence n'ont pas permis d'empêcher la tragédie de Nice. Pas plus qu’elles n'empêcheront des terroristes de faire d’outils simples des armes capables de tuer un grand nombre de civils. S’il n'y a pas de solution simple face à la détermination d'individus fanatisés, il existe des mesures efficaces pour réduire le risque d’attentat.

Les différents services en charge de la lutte antiterroriste doivent enfin être coordonnées comme le préconise le rapport Fenech-Pietrasanta. Les organisateurs de manifestations de masse doivent mieux tenir compte du risque terroriste et faire appel à des spécialistes privés de sécurité convenablement formés. Les ressources de sécurité doivent être mieux employées pour ne pas épuiser inutilement policiers, gendarmes et militaires : les 10000 militaires de l’opération Sentinelle rassurent les Français mais ne sont d’aucune utilité. Les policiers hors de leur service et les vigiles privés spécifiquement qualifiés doivent pouvoir porter une arme de service afin d’intervenir en cas de nouvelle attaque. Dans cette perspective, nous sommes prêts à ouvrir le débat d’une garde civile armée sous condition de formation et d’encadrement adéquats.

Les recruteurs doivent être implacablement poursuivis et, quand ils sont étrangers, expulsés. Tout appel à la violence, voire au meurtre, de prédicateurs salafistes doit subir la même voie. Le Parti Libéral demande en outre, et à nouveau, le retour du contrôle des juges dans le cadre de procédures de surveillance d'individus supposés dangereux. Cet équilibre entre police et justice est le seul à même de limiter les risques d'utilisation abusive des moyens d'écoute et d'intrusion dans la vie privée d'honnêtes citoyens.

Dans la lutte contre le terrorisme, le respect des droits de l'homme n'est pas le problème mais le ciment de la république française, qu'il convient de fortifier.
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vendredi 8 juillet 2016

Brexit : Et si les Britanniques inventaient "la confédération Européenne" ?



Brexit : et si les Britanniques inventaient la Confédération qui nous garantirait la même prospérité mais nous rendrait ce dont nous prive une UE fédérale et centralisée ?

A peine les Britanniques avaient-ils prononcé leur "Leave" en réponse au référendum sur leur appartenance à l’UE, qu’une vaste cacophonie démarrait.
Du côté de Bruxelles, Donald Tusk et Jean-Claude Junker n’ont pas estimé nécessaire la moindre remise en question. Le duo de tête de la bureaucratie européenne n’a pas eu le courage de suivre l’exemple du commissaire européen aux Services financiers, Jonathan Hill, qui a préféré démissionner. "Tout va très bien, Madame la marquise", continuons donc de faire comme si de rien n’était… après les "non" français et danois de 2005, la crise grecque, la crise des réfugiés et, pour finir, le Brexit !
A Paris, fort d’un leadership aussi inattendu qu’éphémère, François Hollande a improvisé une chancelante union des pays du Sud. Le thème éculé de l’anti-austérité reste le "Born to be alive" des gauches, de Nuit Debout à Mélenchon en passant par les frondeurs. On l’a beaucoup entendu, mais tout le monde l’aime et ça maintient l’ambiance sur la piste des manifestations utopistes. Étant donnée l’insipidité du Président français sur la question de l’Europe – ses deux emblèmes missionnés, Pierre Moscovici et Harlem Désir, parlent d’eux-mêmes –, nous pouvons être rassurés sur l’extrême brièveté de cette tentative de putsch anti-chancelière.
A Berlin, où elle est dorénavant l’unique surintendante de la maison Europe, Angela Merkel s‘est lamentée sur un air de "Ne me quitte pas, Il faut oublier, tout peut s’oublier…", certes impérissable mais aussi utile qu’une cuillère à bois pour se projeter dans l’étape d’après.
A Londres enfin, les pro-Brexit entonnent "God save the Queen" avec autant de force que les Ecossais et les Irlandais du Nord clament leur envie de se mettre en congé du Royaume. Même en s’armant d’une bonne dose de flegme très britannique, difficile de nier que le Royaume est au bord d’une crise profonde. 
On pourrait naïvement croire que le scénario des prochains mois se dessine dans cette polyphonie étrange : à coup de sommets de la dernière chance, les 27 se débarrasseront rapidement du Royaume-Uni, Bruxelles sauvera sa conception de l’Europe grâce à un énième traité, Angela Merkel fera mine de s’intéresser à un plan de relance européen, François Hollande tentera de faire croire qu’il l’a obtenu de haute lutte, le gouvernement Tsipras, de l’argent réclamera et Mario Draghi les euros pleuvoir, fera. Ce scénario semble couru d’avance si l’on se réfère à l’histoire européenne récente. Sauf qu’une chose cloche ici : les Anglais sont maintenus en-dehors du jeu.
Or, ils ne sont jamais absents des affaires du continent, ne serait-ce que pour des raisons d’interdépendance économique. Les Britanniques n’accepteront pas le risque de voir la City perdre ne serait-ce qu’une part de son rayonnement ; de voir l’Ecosse réclamer son indépendance, et possiblement, l’Irlande du Nord ; de ne plus être un intermédiaire privilégié des Etats-Unis pour le affaires européennes ; de ne pas avoir une carte à jouer sur l’équilibre des forces en Europe continentale ; de ne pas avoir une chance de faire inscrire dans les règles communes ce qui est primordial pour leurs intérêts.
Rêvons un peu. Que pourraient-ils imaginer pour retourner la situation à leur avantage comme ils savent si bien le faire dans l’esprit pro-business qui les caractérise ? Face une Union européenne peu démocratique, percluse de lourdeurs, de contrôles, encline à l’interventionnisme malgré une ligne affichée pro-concurrentielle et favorable au libre-échange, ils ont une issue originale : proposer une Confédération bâtie sur les mêmes atouts que l’UE en faveur de la prospérité (concurrence et libre-échange). A la différence du fédéralisme plus centralisateur, chaque Etat d’un modèle confédéral pourrait conserver sa propre politique d’immigration, s’inscrire ou non dans un programme de défense commun - OTAN et/ou Défense confédérée -, conserver sa propre monnaie tout en autorisant une monnaie commune – et non plus unique afin de faire jouer les effets bénéfiques de la concurrence sur les monnaies -, le tout reposant sur une coopération des administrations nationales en matière de réglementation et de sécurité, approche bien plus favorable à leur modernisation que l’ajout d’une super-structure distante imposant sa propre production administrative.
Une telle Confédération européenne menée par le Royaume-Uni, non exclusive de l’appartenance à l’UE, pourrait inciter l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark à la rejoindre rapidement. Et pourquoi pas certains pays d’Europe de l’Est ? Voire la Suisse qui paye cher son isolement ? L’efficacité comparée de cette Confédération et de l’Union européenne conduirait une majorité de pays à suivre la structure la plus performante. A terme, cette émulation pourrait aussi se révéler efficace et aboutir à une fusion, juste retour de l’UE aux fondements du traité de Rome purgé de la volonté d’intégration politique née avec Maastricht. A défaut, la plus mauvaise disparaîtrait faute de membres. Nous disposerions alors d’une véritable alternative pour construire l’Europe que nous voulons. Nous prendrions conscience que l’Europe, ce n’est pas (que) l’Union européenne.
Est-il vraiment sensé d’ajouter une nouvelle organisation alors que la première semble déjà atteindre ses limites ? Un modèle confédéral fondé sur la subsidiarité n’ajouterait pas à la complexité existante, pourvu qu’elle soit "structurellement frugale". C’est justement parce que l’UE atteint ses limites qu’il est temps de la mettre en concurrence, le meilleur mécanisme existant pour faire avancer le changement. Que l’UE s’améliore ou qu’elle meure, c’est l’Europe qui gagne, c’est-à-dire notre liberté, notre prospérité et notre sécurité en tant que continent uni.
Vendredi 24 juin, les Britanniques ont dû répondre à une question binaire : petit-déjeuner anglais ou continental ? Demain, le Royaume-Uni pourrait aider l’Europe à se réinventer en proposant buffet libre.
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 7 juillet 2016
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